Telle

...

mercredi 2 juillet 2008

Ouverture

2_juillet_002Laissant derrière moi les rires, les chansons, les voeux et même quelques larmes, je filais vers l'horizon bleuté. Le mince ruban de bitume foncé se déroulait, nu et libre, comme une invite à jouir de ses galbes et de ses gracieuses courbes. 

On devinait encore par endroits le clair azur du jour mais il était peu à peu envahi par de lourds nuages cotonneux griffés d'accrocs oranges et roses.

Le soleil - qui ne m'aveuglait plus - me faisait face. Je filais vers lui. 

La radio déversait ses flots de musique italienne, les couleurs se fondaient et pourtant, dans la lumière mate, je percevais chaque chose avec une acuité intense.

Deux enfants jouant sur une meule de foin. Un engin de chantier abandonné pour la nuit. Un calvaire argenté jetant des éclats métalliques. Deux taureaux blancs emmêlés que voilait le nuage de poussière soulevé par leurs sabots rageurs.

Et, au lieu de penser à ce qui pourrait remplir - et déjà fermer - les deux mois qui commençaient, je me suis promis de m'ouvrir à la plénitude du présent.

PS : Saurez-vous reconnaître ces fleurs ?

Edit du 3 juillet : Canthilde a trouvé, ce sont des fleurs de poireaux (croyez-moi, vu leur parfum, il n'y a aucun doute). Pour la petite histoire, je les ai trouvées à la déchetterie, gisant sur un énorme tas de pelouse et de branches. C'était la première fois que j'accompagnais Monsieur Tell dans ce haut lieu du jardinage et je me moquais gentiment du caractère particulièrement romantique des balades qu'il me proposait. Telle est prise qui croyait prendre, j'en suis revenue avec un superbe bouquet de fleurs !

lundi 23 juin 2008

Neuf ans

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"On est tous pareils... Au début, on est toujours un peu timide."

Il aura fallu neuf ans pour que nous nous apprivoisions. Blasés par des relations de voisinage aussi hypocrites qu'intéressées, nous avions fait l'impasse sur les traditionnelles visites de courtoisie aux demeures avoisinantes.

Que d'années de saluts lointains, de considérations sur le temps, de confusions sur les noms de famille, de vagues sourires aux bébés... Oh, les deux filles auront moins traîné et il aura suffi d'une fête d'anniversaire pour que leurs mères avec étonnement se découvrent voisines. A peine neuf ans pour que leurs pères se découvrent une passion commune et que le vendredi soir ils s'assoient autour d'un échiquier. De prêt de moutons en promenade du chien, de garde d'enfants en convoyage d'écolières, de menus services ont rapproché les farouches voisins. Tous quatre étrangers au milieu de cette campagne vaguement hostile à ceux qui n'y sont pas nés. De menus services en présentations aux parents, de pique-niques marins en balades impromptues, de goûters informels en dîners de plein air, ils ont appris à se dévoiler, à se découvrir, à se démasquer. Neuf ans pour que les deux cents mètres qui séparent leurs deux maisons leur soient devenus familiers et presque quotidiens.

Neuf ans pour que prenne corps notre fantasme d'un couple d'amis proche. De cette proximité spatiale et temporelle qui permet la connaissance intime et autorise le "Et ta journée d'hier ?".

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"On n'ose pas trop se parler, on s'observe... On essaie de faire connaissance."

Citations et illustrations de l'album à la fois candide et lucide d'Edouard Manceau, Tous pareils !, éditions Milan, 2008. Les illustrations sont en couleur mais mon scanner ne leur rendait pas hommage, j'ai pris la liberté de les griser.

Du nouveau, du nouveau, du nouveau à l'annexe.

dimanche 15 juin 2008

... printemps heureux

découvrir le dernier juché sur un tabouret et le voir plongé dans l'observation matinale du jardin

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pédaler entre les champs jusqu'à perdre haleine et s'arrêter boire

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chasser les taupes et trouver un minuscule crapaud effrayé tapi dans une cavité

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s'asseoir sur un rocher et attendre que les vagues nous encerclent avant de retourner en classe

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déambuler dans le jardin généreux et lui cueillir quelques fleurs

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rentrer enfin et être obligée de reconnaître qu'il n'y a plus assez de place pour tous les bouquets

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laisser les enfants se tremper en jouant à l'eau et même les y encourager

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s'apercevoir tout à coup qu'ils portent chacun un vêtement que je leur ai cousu et sourire

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fuir en hurlements et gesticulations et se remettre piteusement à jardiner juste à côté de lui

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se déchausser au bout du monde et lire pieds nus dans l'herbe encore humide

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Edit : j'ai enfin mis à jour les réponses aux commentaires...

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mercredi 11 juin 2008

Scène

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Quand tu es entrée, l'autre a fondu sur toi. Il a parlé très haut, a poussé des cris, a gesticulé comme un comédien qui aurait forcé le trait. Une histoire de date de péremption. Tu as essayé de calmer le jeu, de sourire de sa démesure. Mais rien à faire, il était bien entré dans son rôle et ne comptait pas l'abandonner. En te voyant grignoter dans ton assiette, il a enchaîné avec une tirade sur le ridicule de ceux qui ne peuvent pas attendre d'être attablé pour manger. Comme un pantin dans une farce grotesque, il t'a grossièrement imitée en glissant que ça, tu te gardais bien de le dire sur ton blog.

Tu n'as pas bien compris ce qui t'arrivait et tu as voulu riposter. Réglées par une stichomythie haineuse, vos paroles vives et acerbes fusaient. Tu as senti les larmes couler sur tes joues, sur tes bras, sur le sol, laissant où tu passais des petites taches rondes et luisantes. Ça et là erraient de jeunes figurants à l'air triste. Tu as senti des mains te caresser, une étoffe essuyer tes joues, des bras te serrer, des mots te demander pardon.

Tu aurais bien voulu excuser mais tu ne pouvais pas. Ton corps qui pleurait sans trêve faisait obstacle et refusait de dénouer la situation. Tu te rejouais la scène et refusais ce marché de dupes.

Drapée dans ton bon droit, tu t'es assise à côté de l'autre. Droite et digne, tu as attendu qu'il formule des regrets. Un blanc, il devait avoir oublié son texte. Le ton est à nouveau monté jusqu'à ce qu'un dialogue apaisé supplante les reparties querelleuses. Pour te justifier, tu as essayé de retrouver le texte exact et l'ordre de tes répliques, en vain. La scène se perdait peu à peu dans un flou cotonneux. Tu as appris ce qui s'était passé avant ton entrée. Tu as perçu la fatigue, la tristesse, la peine.

Dans un ultime rebondissement qui t'a bien malgré toi fait déchoir de ton rôle confortable de victime, tu as soudain compris que la scène dont tu croyais avoir une vision d'ensemble aussi sûre que celle d'un spectateur du premier rang, tu l'avais en réalité vécue depuis les coulisses, toi côté cour et lui côté jardin.

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jeudi 5 juin 2008

Mais où étais-je donc passée ?

Comme l'an passé, un petit test de rapidité avec à la clef un livre de poche offert par la patronne.

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Les quelques-uns qui savent, on va dire que vous êtes écartés du jeu, un peu comme le sont les membres de la famille dans tout jeu qui se respecte.

Posté par telle à 21:37 - ... aux nombreux plaisirs - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 3 juin 2008

La mère à l'enfant

MainL’eau propulsée en jets d’eau retombait derrière moi dans un rafraîchissant crépitement. Chacun se hâtait dans les rues de l’ancienne ville. Le soleil au zénith commençait juste à réchauffer la journée.

Elle arriva, tee-shirt rose vif et peau bronzée, poussant un landau d’où jaillissaient des vagissements de nouveau-né. Elle demanda si elle pouvait s’asseoir à côté de moi. Elle sortit du landau un nourrisson, tee-shirt rose vif et peau diaphane. La jeune mère, embarrassée, me confia d’une traite que la petite avait faim, qu’elle l’allaitait et que... et qu’elle avait tellement honte. Je devinai que c’était la première fois qu’elle devait allaiter dans un lieu public. Emue, je lui proposai de la couvrir avec une courtepointe rose que je venais d’apercevoir dans le panier. Elle accepta avec empressement et le bébé, avide, poings fermement serrés, se jeta sur son sein.

Le soleil irradiait dans leur dos et je les protégeais de mon mieux des passants impatients. La pudeur de la mère, âgée de moins de vingt ans, n’avait d’égal que son intense recueillement tandis qu’elle caressait des yeux son bébé.

La petite, rassasiée, a laissé un sourire béat s’épanouir sur ses lèvres.

" Comment s’appelle-t-elle ? demandai-je.

- Angelina. "

Posté par telle à 22:24 - ... et une maman - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 26 mai 2008

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Je (re)pars.

Dire que je ne vais même pas voir s'épanouir cette grande rose dont je guettais chaque jour l'éclosion !

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mercredi 21 mai 2008

Portraits

A ma Rose, je ne sais pas si elle comprendra pourquoi

Aujourd'hui, entre Brest et Quimper, aux alentours de 17h

"elle a besoin de dormir elle s'est levée tôt alors je comprends je me tais [pause] ouais mais c'est qui cette meuf je la connais ? je la connais ? elle vient me parler comme ça et quoi ? on est en France on peut parler c'est quoi ça ? les gens ils sont tout tristes ils reviennent du travail et ils parlent pas ils sont jaloux ils sont jaloux oh la meuf je sais c'est parce qu'elle est toute seule y a personne à côté d'elle c'est pour que je vienne à côté d'elle et elle fait quoi là ? les meufs elles restent à la maison respect quoi c'est écrit liberté égalité fraternité alors liberté quoi j'ai le droit de parler [pause] et je la connais ? je la connais ? chienne de pute moi une fille comme ça je lui écarte les cuisses mais non j'ai même pas envie d'elle et moi j'ai payé mon billet j'ai payé mon billet comme un autre je suis là égalité et les autres ils sont jaloux elle a pas vu comment je me foutais de sa gueule je répétais tout ce qu'elle disait une femme comme ça qui vient chercher un homme comme ça c'est vulgaire j'ai honte pour elle l'éducation il faut pas faire ça il faut pas faire ça la honte c'est madame je sais tout et moi je sais rien en plus moi j'ai payé comme toi mon frère sauf que toi tu es vieux et que moi je suis jeune alors moi j'ai eu une réduction j'aime la nature moi c'est pour ça que je suis naturel j'étais dans le train et le monsieur je lui ai dit eh le sac sur le siège il est plus important qu'un être humain ? un être humain je lui ai dit cru et même pas cuit un être humain c'est pas plus important qu'un sac ? il a bougé son sac et j'ai pu m'asseoir [pause] je suis pas bien dans le train là j'ai envie de tout casser ouais ambiance le train va embêter la dame c'est difficile de se faire plaisir ? j'ai emmerdé personne tu vois ce que je veux dire ? elle elle vient là elle montre ses fesses les gens ils parlent pas en Bretagne ? ils les ont tous mis en prison les gens qui parlent c'est ça ? ah la vie faut la vivre quoi moi je parle normal je suis pas un délinquant tu vois ce que je veux dire c'est important aussi de rencontrer d'autres gens j'ai rien fait de mal j'ai volé rien du tout j'ai traité la mère de personne en plus elle était vilaine on aurait dit un vilain petit canard je te jure [rire] mais je l'ai complimentée j'ai dit t'as des beaux cheveux mais quand même elle m'est restée en travers de la mémoire faut pas être timide faut regarder la vie en face ah c'est bon on arrive à Quimper y a un panneau où c'est écrit on peut pas ? ah tu vas dans le Sud c'est la pagaille les enfants ils courent dans le train ils se cassent la gueule ça vit on est en liberté et c'est ça qui m'a choqué on a le droit de parler [pause] faut pas parler on a le droit de manger on a le droit de boire on a aussi le droit de s'arrêter de manger ça fait des économies mais parler faut arrêter direct mais pourquoi il faut arrêter ? ça fait du plaisir dans le corps de parler eh mon frère il faut vivre c'est moi qui fais la discussion ils veulent me formater ah la jalousie des gens on parle comme ça et les gens ils viennent moi je suis bien élevé je parle pas aux gens comme ça moi j'ai rien fait de mal j'embête aucune personne moi"

samedi 17 mai 2008

Lycralement vôtre

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Toujours pareil. C'est quand leur perte est imminente que je prends conscience des plaisirs qui s'enfuient.

Je n'ai pas souvent pensé à équilibrer les menus de la semaine en fonction des efforts passés et à venir. Je prévoyais ingénument de la viande rouge et des frites le dimanche midi.

Je n'ai pas été de ces femmes attentionnées qui surveillent l'heure et servent à leur homme la copieuse platée de macaronis trois heures trente exactement avant le début de la course.

Je n'ai pas été de ces femmes souriantes qui, chaque samedi et chaque dimanche, déjeunent à 11h, passent deux heures en voiture, remplissent des grilles de mots croisés et courent sur l'accotement pour passer des bidons rafraîchissants.

D'ailleurs je n'ai jamais réussi à passer correctement les bidons.

Je n'ai jamais pu m'extasier devant ses maillots de lycra bariolé.

Je n'ai jamais salé à outrance l'assiette  du dimanche soir comme j'avais vu ma belle-mère faire. Je n'y pensais pas.

Je n'ai pas été de celles qui massent tendrement les muscles raidis, presque tétanisés.

J'oublie scrupuleusement les dates et les lieux. Et je me trompe à chaque fois qu'en traversant un nouveau bourg, il me demande : "Devine si j'ai couru ici ?"

Pourtant, quand je l'accompagnais, j'aimais scruter le flot ondoyant des maillots multicolores, attendre nerveusement la bruyante déferlante qui, en disparaissant, nous laissait éclaboussés de bidons blancs. Et puis attendre encore, compter les secondes pour crier les écarts au déferlement suivant.

Qui, en se retirant, permettait à mes yeux de glisser sur les bras ensoleillés, les fessiers durcis, les cuisses agiles et les brillants mollets fuselés où saillissaient les muscles jumeaux tendus à l'extrême. J'aimais - c'est à peine avouable - cette concentration d'hommes inconnus aux uniformes ajustés, aux corps puissants, aux mollets lisses.

Et ce goût de biscuit salé qu'avait sa peau après l'effort.

dimanche 11 mai 2008

Patine, première !

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... des précisions à l'annexe.

Posté par telle à 19:14 - ... aux nombreux plaisirs - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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